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Par les temps qui courent, le secteur du bâtiment et travaux publics va très mal. Pourtant, le secteur représente 5,3% du PIB de notre pays, soit environ 600 milliards de Fcfa. Dans cette interview, le patron des patrons du secteur évoque les difficultés et les perspectives de l’organisation

L’Essor : Quelles sont les entreprises membres de l’Opecom et quelles sont les missions de l’organisation ?

Boubacar H. Diallo : L’Organisation patronale des entrepreneurs de la construction du Mali (Opecom) est une association professionnelle au service des entrepreneurs du BTP. Ses membres évoluent dans le domaine du bâtiment, des travaux routiers et des travaux particuliers.

C’est est un syndicat de chefs d’entreprises qui étudie et défend les intérêts matériels et moraux des entrepreneurs du BTP. Il participe à leur formation technique et professionnelle ainsi qu’à l’élaboration des textes régissant la profession. En outre, il veille à instaurer une saine concurrence entre les entreprises et appuie ses membres pour l’acquisition de matériel et d’équipement. Notre organisation a été créée en 1972, sous le nom de SYNABT (Syndicat national du bâtiment et des travaux publics) et a évolué de façon informelle jusqu’en 1978. En 1979, une ordonnance du CMLN est venue règlementer la profession d’entrepreneurs et de tâcherons du bâtiment, des travaux publics et des travaux particuliers.

La loi n° 93-065 du 15 septembre 1993 portant règlementation de la profession d’entrepreneur du bâtiment, des travaux publics et des travaux particuliers avec le décret n° 97/160/PRM du 29 avril 1997 fixant les modalités d’application sont intervenus pour mieux structurer le secteur en supprimant la profession de tâcheron tout en instituant des catégories d’entrepreneurs, des seuils pour chaque catégorie et les incompatibilités entre les différents acteurs du BTP. Le SYNABAT est devenu l’Opecom à l’Issue l’assemblée générale de 2005. L’Opecom a ses démembrements dans toutes les régions du Mali. Actuellement, elle regroupe un peu plus de 2.000 adhérents.

L’Essor : Quelle place occupent, aujourd’hui, les BTP dans le secteur privé ? D’une façon générale, comment se portent les entreprises du BTP et quelle est la contribution du secteur à l’économie nationale 

B.H.D : Le secteur du BTP est un secteur vital de notre économie. Il est constitué par un ensemble de PME qui constituent le moteur de la croissance, créent des milliers d’emplois et contribuent, du coup, à la lutte contre la pauvreté par la distribution de richesses. Les BTP représentent 5,3% du PIB, soit environ 600 milliards de Fcfa. Ils animent les principaux segments de l’économie comme l’industrie, les banques, le commerce, l’artisanat, etc. C’est pourquoi le développement de ce secteur doit constituer une priorité pour les autorités de notre pays. D’autre part, les entreprises maliennes du BTP traversent d’énormes difficultés depuis 2012.

Certains de nos membres ont vu leur matériel de travail détruit et n’ont pas encore été dédommagés. à cela, il faut ajouter qu’il n’y a pas plus d’une dizaine d’entreprises qui fonctionnent et celles qui travaillent ont d’énormes problèmes avec les banques pour non-paiement de leurs factures et à cause des services d’assiette et de recouvrement. Pourtant, en termes, d’atouts, nos entreprises constituent une opportunité pour les pouvoirs publics puisqu’elles contribuent à la dynamique interne de l’économie à travers la création d’emplois.

L’Essor : L’année 2020 a été une année particulièrement difficile pour notre pays en raison de la maladie de la Covid-19 et de la situation sociopolitique, aggravée par les sanctions de la Cedeao. Quel est l’impact de ces facteurs sur vos activités ?

B.H.D. : Depuis plusieurs années, la situation sociopolitique et sécuritaire que traverse notre pays a plongé notre secteur dans la plus grande incertitude. à cela, se sont greffés la récente crise sanitaire due à la pandémie de la Covid-19 et les évènements survenus récemment dans notre pays, et qui ont conduit aux sanctions de la Cedeao. L’impact est négatif. Beaucoup d’entreprises ont disparu et celles qui existent encore le sont beaucoup plus dans l’apparence. En résumé, toutes ces crises n’ont fait que mettre à terre un secteur qui était déjà à genoux.

L’Essor : Quel est le bilan de vos activités pour l’année 2020 ?

B.H.D. : Notre organisation est un ensemble d’entreprises. En termes de chiffre d’affaires, nos entreprises ne travaillent presque plus depuis des années. Nos activités de revendications continuent et ne s’arrêteront jamais tant que nous n’avons pas atteint nos objectifs notamment en ce qui concerne la bonne gouvernance dans le secteur.

L’Essor : Quelles sont les grandes difficultés auxquelles sont confrontées les entreprises du BTP ?

B.H.D. : Le financement des entreprises est lié à l’existence d’un marché pour les entreprises. Il est difficile pour les banques d’accompagner les entreprises tant que les perspectives d’acquérir des marchés de travaux restent insignifiantes. En résumé, en dehors de l’insécurité, la principale difficulté aujourd’hui, c’est la disponibilité de marchés et l’égal accès aux marchés dans le cadre d’une concurrence saine. Sur le plan de l’opinion, notamment en termes d’image, nos entreprises sont souvent critiquées pour la qualité de certains travaux d’entretien de routes.

Une structure publique a été créée à cet effet pour être plus proactive mais, malheureusement, elle fait toujours coïncider ses activités avec la période d’hivernage où les conditions de travail sont difficiles, les matériaux sont plus chers et l’impact en termes de qualité du travail laisse à désirer. Il serait souhaitable de revenir à l’entretien semestriel pour éviter d’avoir toujours de fausses urgences pour ensuite jouer au pompier avec comme conséquences un gaspillage des fonds publics et une mauvaise réputation pour nos entreprises. Par ailleurs, l’État est le principal pourvoyeur de marché et il y a trop d’entreprises pour peu de marchés.

D’où la nécessité pour elles de se regrouper pour constituer une force interne pouvant concurrencer d’autres entreprises venant envahir notre marché. Il faut aussi déplorer que l’État ne met pas des critères incitatifs pour faciliter les regroupements. Les conditions d’accès au crédit aussi sont contraignantes

L’Essor : Quels sont les rapports du patronat avec l’état et les partenaires techniques et financiers ?

B.H.D. : Le patronat, c’est la grande faîtière constituée de 39 Groupements professionnels et des patronats régionaux dont nous sommes membres. Cette organisation travaille étroitement avec l’État (dans le cadre de la gouvernance et des reformes) et les PTF en ce qui concerne les investissements étrangers.

L’Essor : Que pensez-vous du partenariat public-privé dans notre pays ?

B.H.D. : Tous les pays utilisent aujourd’hui le PPP pour le développement des infrastructures. L’autorité contractante doit d’abord initier le besoin et la viabilité d’une telle infrastructure et se rassurer de son éligibilité à un PPP. Dans tous les cas de figures, un PPP doit être plus rentable qu’un contrat public, et il est nécessaire de se rassurer de la garantie du retour de l’investissement. Le PPP est aujourd’hui incontournable dans la réalisation des infrastructures.

L’Essor : On parle beaucoup de la ZLECAF au niveau de notre sous- région. Notre secteur privé est-il préparé par rapport à cette nouvelle donne?

B.H.D : Ce n’est pas d’abord de notre secteur privé qu’il s’agit mais plutôt de l’État lui-même. D’abord dans notre sous-région, la libre circulation des personnes et des biens n’est pas totalement assurée. Le commerce entre Européens est de l’ordre de 68%, entre Asiatiques 61%, et entre Africains, il est de l’ordre de 13 à 15%. Le Mali étant un pays continental, il faut des routes, notamment des corridors pour permettre d’échanger entre nos différents pays, ce que nous produisons.

Il s’agit de mettre en route la voie ferrée au moins entre le Mali et le Sénégal et d’avoir des compagnies aériennes fiables. Il n’y a pas de routes, je le répète et celles qui existent sont en piteux état. Ensuite à partir de quel pourcentage de fabrication locale un produit peut-il être considéré comme africain au risque que notre zone ne devienne plutôt un marché pour les autres. Je pense qu’on n’est pas bien préparé pour rompre les barrières douanières pour l’instant.

L’Essor : Concrètement, le patronat parvient-il à trouver des solutions aux problèmes qui lui sont posé ?


B.H.D : La lutte syndicale est permanente. Il y a beaucoup de reformes qui ont été faites et il y en a pour lesquelles les négociations sont en cours comme il y en a qui n’ont pas eu de réponses.

L’Essor : Quelles sont vos priorités à court terme ?


B.H.D. : La sécurité pour le pays, l’amélioration du climat des affaires dans le cadre d’une bonne gouvernance pour une concurrence saine.


Propos recueillis par
Fatoumata MAÏGA